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Un projet de navettisation entre Morteau et La Chaux-de-Fonds à l’épreuve des volontés politiques

La mobilité est devenue la clé de voûte du développement des territoires, en lien avec une disjonction croissante et progressive des lieux que nous fréquentons dans une journée.

Cette logique est exacerbée dans les territoires transfrontaliers, dans la mesure où les opportunités que créent les différentiels de part et d’autre de la frontière, suscitent logiquement des déplacements pour en profiter. Là sont les emplois, ailleurs sont les logements ou les services et en fonction des opportunités guidées par les jeux d’acteurs, il s’agit de se déplacer pour satisfaire les besoins. L’axe Morteau–La Chaux-de-Fonds est emblématique, par rapport à la multiplication des flux de personnes autour de la frontière. Ici, ce sont pas moins de 8000 véhicules qui franchissent la frontière chaque jour, avec certes une augmentation du covoiturage, la mise en place de lignes de bus par les sociétés situées en Suisse et embauchant des frontaliers français, et l’existence d’une ligne ferroviaire TER. Mais cette offre croisée ne réussit pas à endiguer le flot de véhicules qui sature les axes routiers suisses et les aires de stationnement, et force les autorités à bloquer certaines voies pour des raisons de sécurité.

L’offre TER ferrée constitue la meilleure alternative pour diminuer le trafic routier, mais son dimensionnement actuel n’est pas attractif et ne permet pas de couvrir l’ensemble des besoins des navetteurs franco-suisses. Le cadencement n’autorise en effet que la prise en compte (et ce de manière partielle) des navettes domicile travail de France vers Suisse. Pourtant, une très intéressante étude portée par le Cabinet Marcus Rieder (La navettisation Morteau–La Chaux-de-Fonds dans le contexte de l’horaire 2016 Étude de faisabilité, Marcus RIEDER, Juliette WALCKIERS, Céline TELLIER, 143 p.) montre qu’un cadencement est possible, sans électrification de la voie, en réutilisant du matériel utilisé en Sud Tyrol, et sur gestion par les CFF. L’idée est ambitieuse, non pas techniquement, mais dans la manière d’appréhender la gestion d’une ligne transfrontalière dont on renverserait la logique puisque ce ne seraient plus les TER français qui pénétreraient sur le territoire suisse, mais les CFF et le matériel suisse qui pénètreraient en France. Une petite révolution, techniquement possible, mais politiquement… difficile à assumer ? Il faut comprendre que ce que nous ne sommes pas capables d’organiser depuis la France, les acteurs suisses sont prêts à l’assumer… et bien entendu, en contrepartie à en assurer la rentabilité. Le projet est attendu par les acteurs politiques français locaux, et il s’agit de convaincre les échelons de gestion régionaux du bien-fondé du projet. L’évidence est maintenant mise à l’épreuve des volontés politiques de gestion… gageons que les attentes locales seront reconnues dans des délais décents au risque sinon de donner de bien mauvais signes en matière de coopération transfrontalière et de cohérence de l’action publique.

Alexandre Moine, Président du Forum Transfrontalier Arc Jurassien
Besançon, le 23 novembre 2016

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