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Transformer la ligne en espace : 6 propositions vers un projet commun pour l’arc jurassien franco-suisse

MANIFESTE 

«Dans quelle mesure le développement d’économies résidentielles/présentielles dans l’Arc jurassien franco-suisse peut-il se décliner de manière transfrontalière ? Quelles en sont les conditions ?» C’est ainsi qu’a été posée, il y a un an, la question fondatrice du cycle 9 explorée par le Forum Transfrontalier.

Avec ses effets d’aubaine, la zone frontalière peut sembler être un eldorado. Certains indices de bonne santé productive, de création d’emplois et de richesses masquent des fragilités et des déséquilibres qui impactent le bien-être des habitants et la qualité de leur environnement. A l’échelle locale, le modèle productif crée des polarités que vient exacerber l’effet frontière : la richesse générée d’un côté de la frontière est consommée de l’autre côté.

Ceci est problématique à plusieurs égards : dans une économie mondialisée, la localisation de la richesse productive dépend de centres de décision délocalisés : elle est donc fragile et sujette à l’évaporation. A l’heure où la grande distribution interroge ses modèles de vente et où se développent l’économie circulaire et les circuits courts, on peut s’interroger sur la pertinence de la consommation débridée observée dans les centres commerciaux proches de la frontière et son caractère soutenable à moyen et long terme. Lieux de travail, de résidence et de consommation sont déconnectés et entraînent des déplacements quotidiens qui altèrent la qualité de vie des frontaliers et génèrent des nuisances environnementales. Les emplois générés par l’activité productive ne profitent pas à l’ensemble des citoyens et engendrent des disparités sociales. Dans le même temps les règles fiscales françaises (qui imposent davantage les entreprises) et suisses (qui imposent davantage les personnes), de chaque côté de la frontière, privent les collectivités locales de recettes qui pourraient être dédiées à l’éducation et à la culture. L’aubaine est-elle vertueuse et soutenable ? Peut-on vraiment bâtir le futur de l’Arc Jurassien sur ce sentiment d’eldorado ?

Plus que jamais, le Forum Transfrontalier joue ici son rôle de vigile et d’aiguillon : en posant un regard citoyen et prospectif, il invite les acteurs de l’Arc Jurassien franco-suisse à penser autrement le développement de l’économie locale, pour le bien-être durable de ses habitants.

Le Forum Transfrontalier n’a pas trouvé de solution mais esquisse ici quelques pistes de réflexion pour l’action :

  1. Les disparités administratives et institutionnelles autour de la frontière sont une donnée d’entrée et une contrainte pour l’Arc Jurassien. Il faut nécessairement construire quelque chose autour de ces contraintes : la contrainte est une invitation à la créativité.
  2. La ligne que représente la frontière est la source de distorsions et de difficultés, il faut transformer cette ligne en espace commun d’un nouveau genre, un espace binational qui aurait ses propres règles, gommant les disparités et expérimentant une nouvelle forme de vivre ensemble.
  3. Le développement équilibré de l’Arc Jurassien nécessite un effort de proximité, de différenciation et d’inclusion. L’entrepreneuriat de territoire peut répondre à cette triple exigence. Il s’appuie sur les ressources locales et répond aux besoins des acteurs du territoire. Il crée de la valeur économique mais aussi sociale et environnementale et décloisonne les approches productives, résidentielles et présentielles.
  4. Pour bâtir un avenir durable, nous revendiquons un droit à l’expérimentation pour construire un projet de territoire qui soit au-dessus des dispositifs existants et articule des projets conduits sur différentes échelles, sans exclusive sur une échelle donnée, en privilégiant toutefois un ancrage fort à proximité des citoyens, à travers des petites coopérations à taille humaine.
  5. Il faut mobiliser la société civile et la mettre au cœur d’un nouveau modèle de fonctionnement transfrontalier fondé sur la proximité, avec l’aide des citoyens et des entreprises, tous conscients des enjeux et engagés collectivement pour réfléchir, initier et agir. Les trois forces en présence de cette alliance pourraient être soutenues en quatrième ressort par les politiques et les institutions.
  6. Le développement équilibré de l’espace transfrontalier passe par la définition de la valeur territoriale répondant aux attentes de tous les acteurs du territoire. La valeur territoriale n’est pas seulement valeur marchande et productive, mais aussi valeur sociale et environnementale, ou encore valeur symbolique, construite de façon dynamique au sein des réseaux d’acteurs qui font le territoire à partir de leurs activités et projets.

Un exemple de projet en cours illustre cette nouvelle manière de construire l’Arc Jurassien en cohérence avec les 6 propositions. Il concerne les mobilités douces, sujet sensible s’il en est. De plus en plus, les frontaliers ont la volonté d’utiliser le vélo électrique dans leurs navettes quotidiennes, mais redoutent d’emprunter les routes surchargées. Le « Chemin des rencontres », qui doit relier à terme la Chaux de Fonds à Morteau et Pontarlier, avait été conçu pour un usage culturel et touristique : la demande des citoyens et l’opportunité technique et fonctionnelle qu’offre le vélo électrique permettent aujourd’hui de transformer un parcours touristique en liaison de mobilité douce pour les frontaliers.

Le Forum Transfrontalier pense que le futur de l’Arc Jurassien passe par la conception et la construction d’une communauté de valeur partagée au sein de laquelle des projets de territoire pourraient se développer, conciliant coopération, valorisation durable de ressources endogènes, ancrage local et innovation sous toutes ses formes afin de répondre à la demande de bien-être des citoyens.

 

Pascale BRENET, membre et Alexandre MOINE, Président
Le Comité du Forum Transfrontalier Arc Jurassien
Besançon et La Chaux-de-Fonds, le 19 septembre 2019

 

Le Forum Transfrontalier Arc jurassien remercie ses partenaires et soutiens financiers pour le Cycle 9 Économie.

LA BANQUE DES TERRITOIRES

Créée en 2018, la Banque des Territoires est un des cinq métiers de la Caisse des Dépôts. Elle rassemble dans une même structure les expertises internes à destination des territoires. Porte d’entrée client unique, elle propose des solutions sur mesure de conseil et de financement en prêts et en investissement pour répondre aux besoins des collectivités locales, des organismes de logement social, des entreprises publiques locales et des professions juridiques. Elle s’adresse à tous les territoires, depuis les zones rurales jusqu’aux métropoles, avec l’ambition de lutter contre les inégalités sociales et les fractures territoriales. La Banque des Territoires est déployée dans les 16 directions régionales et les 35 implantations territoriales de la Caisse des Dépôts afin d’être mieux identifiée auprès de ses clients et au plus près d’eux. Pour des territoires plus attractifs, inclusifs, durables et connectés.

www.banquedesterritoires.fr | @BanqueDesTerr

LA CCI DU DOUBS

La CCI du Doubs célèbre cette année ses 200 ans. Clin d’œil de l’histoire, la demande de création de la CCI, adressée au Ministre de l’Intérieur en avril 1819, commençait par la phrase suivante :
« Les négociants notables de Besançon ont l’honneur d’exposer à Votre Excellence que les habitants de cette ville, dans le voisinage de la Suisse, l’appelle à devenir un jour le principal marché où les habitants de ce pays s’approvisionnent… ».
Le partenariat avec le Forum Transfrontalier, dans le cadre de son travail consacré à « l’économie présentielle/résidentielle transfrontalière dans l’Arc jurassien franco-suisse » s’est tout naturellement inscrit dans cette tradition de proximité et de collaboration, en lien avec la nouvelle implantation de la CCI Doubs en 2019 à Pontarlier.

www.doubs.cci.fr

LA LOTERIE ROMANDE

Les six cantons romands (Vaud, Fribourg, Valais, Neuchâtel, Genève et Jura) autorisent l’exploitation de la Loterie Romande et reçoivent la totalité de ses bénéfices. Dégagés après paiement des lots, des frais généraux et de 0.5% pour la prévention du jeu excessif, les bénéfices sont entièrement consacrés au soutien d’institutions d’utilité publique romandes, et distribués par des commissions indépendantes. Des milliers d’institutions ou associations à but non lucratif bénéficient, directement ou indirectement, des contributions de la Loterie Romande.
En 2018, l’organe de répartition neuchâtelois a distribué plus de 15,7 millions de francs, répartis entre quelque 380 institutions.

www.entraide.ch

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