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RÉOUVERTURE DE LA LIGNE FERROVIAIRE, TRANSFRONTALIÈRE ET HISTORIQUE DELLE-BELFORT

Abandonnée au lendemain de la 2e Guerre mondiale, vouée aux friches, envahie par les herbes et les taillis, destinée à mourir, la ligne de chemin de fer Delle-Belfort n’a jamais été abandonnée à l’oubli.

Pendant vingt-cinq ans, Bernard Tournier et une trentaine de citoyens, amis, bénévoles, anciens cheminots suisses et français, ont entretenu la ligne. Avec leurs débroussailleuses, une fois par année, un samedi, à initiative suisse, sans instructions de quiconque, ils ont taillé la végétation qui envahissait l’ancienne ligne du Jura-Simplon qui reliait Paris à Milan par Berne. La ligne était abandonnée, mais jamais oubliée. C’était la leur. Cet effort est caractéristique d’une volonté, de la volonté qui préside à tout mouvement transfrontalier. L’ouverture frontalière n’est jamais naturelle. Elle est le fruit d’une volonté, volonté affichée par Bernard Tournier et ses amis. Volonté affichée à nouveau depuis cinq ans par la SNCF et les CFF, par la Région Bourgogne/Franche-Comté et la République et Canton du Jura, pour ouvrir une ligne de chemin de fer dans un Etat français dont la politique ferroviaire aura privilégié le TGV au détriment des petites lignes.

Le 6 décembre 2018, en grande pompe, 300 officiels suisses et français ont rouvert la ligne, avec 16 correspondances aller-retour Bienne-Delle-Méroux/TGV – Belfort. Ligne exceptionnelle, car elle renaît de ses cendres. Ouverte à la suite de la Guerre de 1870 et de l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne, Paris avait souhaité éviter Strasbourg devenue allemande et joindre Milan par la ligne dite du Jura –Simplon, et donc par Belfort-Delle-Porrentruy-Berne. Période de développement exceptionnel pour Porrentruy qui construisit alors son énorme gare de style français, son Hôtel Jura-Simplon, son Grand Hôtel International, le mythique Inter aujourd’hui, son Casino du Moulin et tout le quartier résidentiel entre vieille ville et gare. La ligne s’éteignit en 1918, au moment où l’Alsace redevint française, et elle se ferma définitivement en 1992, après la 2e Guerre mondiale. Et depuis cinquante ans, sa réouverture fut un serpent de mer. Les projets abondèrent, dont l’un joignait, je m’en souviens, par le port de Bourogne, le grand réseau fluvial du canal du Rhône au Rhin. Sans résultat jusqu’à aujourd’hui.  

Des quatre traversées rail/route du massif de moyenne montagne de l’Arc jurassien, proposées par le Forum transfrontalier en 2010, deux sont opérationnelles désormais, celles de Vallorbe et de Delle. Deux restent en panne, celles des Verrières et de Morteau, pénalisant le Canton de Neuchâtel.  Le développement est donc inégal. A l’heure où se ferment les petites lignes en France, le passage par Delle rouvre. Ce n’est pas le moindre paradoxe de cet événement. Libérant les bouchons des heures de pointe, une alternative rail est offerte aux 6000 travailleurs frontaliers transitant sur cet axe. Paris est désormais à trois heures de Porrentruy. La ligne s’ouvre donc aux frontaliers comtois et aux hommes d’affaires et touristes suisses. Cette réouverture de 2018 s’inscrira-t-elle dans les habitudes ? Les promoteurs de ce renouveau transfrontalier l’espèrent. Mais les vieilles habitudes sont toujours tenaces. Et ici, elles ont cent ans.

Jacques-André TSCHOUMY
A. Président du Forum Transfrontalier Arc jurassien
Neuchâtel, le 21 février 2019

Voir le Cycle du Forum Transfrontalier
« Vers une mobilité transfrontalière »

avec les documents:
– MANIFESTE DU FORUM TRANSFRONTALIER
– POSTULATS ET PROPOSITIONS

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