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UN TÉMOIGNAGE PERSONNEL

En ma qualité de citoyenne vivant sur le Val de Morteau depuis plusieurs décennies, j’ai pu observer les effets bénéfiques de cette proximité de la Suisse en termes d’emplois, de pouvoir d’achat, et par voie de conséquence d’amélioration du niveau et de la qualité de vie.

Je fais également le constat que le besoin de main-d’œuvre quelquefois initialement peu qualifiée, du côté helvétique, permet à un certain nombre de salariés français, au fil du temps, « de monter en compétences », de valoriser des savoir-faire, acquis de leur expérience dans ces mêmes entreprises suisses.

Le déroulement et les évolutions d’une carrière professionnelle ne sont plus de ce fait exclusivement liés et dépendantes de leur formation initiale. L’absence ou le niveau initial de qualification ne sont donc plus les seuls déterminants d’un parcours professionnel.

Les métiers dits manuels sont dans ce contexte revalorisés, en termes de rémunération et en quelque sorte de validation des acquis de l’expérience.

Les entreprises installées sur le territoire suisse recrutent aussi des personnels très diplômés, et c’est ainsi un satisfecit quant à la qualité et la pertinence de la formation dispensée en France.

Certes, il existe des effets pervers, du côté français en lien avec plusieurs phénomènes :

  • Une urbanisation débridée, que nous n’avons pas su ni appréhender de façon globale ni anticiper.
  • Les questions relatives à la mobilité sont à traiter avec plus d’ambition et de détermination, en particulier du côté français.
  • Une partie de notre jeunesse est attirée par des formations d’emblée professionnalisantes, du fait de la proximité de cette frontière et de ses salaires attractifs, au détriment de formations dites « supérieures ».
  • La problématique autour de la fidélisation de la main d’œuvre se pose mais à mon sens, nous venons toucher un problème franco-français sur les petits salaires.
  • De nombreux emplois non pourvus en France renvoient à la question essentielle de la formation professionnelle, et la non reconnaissance de certains métiers dits non qualifiés et non valorisés.

QUI POURRAIT JOUER UN ROLE POUR CO-CONSTRUIRE UN MEILLEUR ÉQUILIBRE TRANSFRONTALIER A TRAVERS LES ECONOMIES PRODUCTIVES ET RESIDENTIELLES ?

J’ai souvent eu le sentiment que ce « coin de terre » et cette « réserve d’indiens », comme d’aucuns l’ont qualifiée, intéressait peu l’Etat et paradoxalement encore moins la Région. Il est vrai que si nous comparons notre revenu par habitant à celui de la Haute-Saône…

Le problème, à mon sens, est systémique.

Je ne crois plus ni à la capacité, ni à la volonté de nos technocraties et de nos politiques publiques pour infléchir et engager un changement fondamental sur ce qui a trait à ce meilleur équilibre transfrontalier que nous appelons de nos vœux.

A contrario, je pense que la réalité de nos économies productives et résidentielles est tangible et pertinente à l’échelle de ce territoire. Cette réalité, pensée, voulue, portée se devrait d’être incarnée par un collectif d’individus animé par la même ambition.

Nous sommes interdépendants et complémentaires, dans une certaine mesure.

Le temps est peut-être venu que le centralisme qui est le nôtre cesse et que nous soyons en mesure d’être force de proposition pour un autre modèle organisationnel sur ce territoire.

La question, certes utopique mais bien réelle est: que voulons-nous pour ce territoire ?

Nous avons besoin d’un vrai projet, une véritable coalition, alliance des forces en présence, qui renvoie à l’aménagement de cet espace franco-suisse. Projet porté essentiellement par des citoyens engagés, conscients des enjeux, mais aussi avec et par des chefs d’entreprise, commerçants et leurs représentants, artisans, organismes de formation, tout ce qui fait société, pour initier, réfléchir et agir collectivement.

Nous disposons du potentiel, du capital humain et entrepreneurial.

De nombreux constats et diagnostics ont été réalisés ces dernières années, en matière de mobilité, de formation, d’emploi, de tourisme…

De nombreux projets cohérents, améliorant la qualité de vie de nos concitoyens, répondant à leurs besoins repérés et énoncés depuis des années pourraient se concrétiser sur cet Arc Jurassien.

Nous pourrions donner à cette entité territoriale transfrontalière une autonomie administrative et financière pour mener à terme ces projets fédérateurs.

Nos organisations politiques Franco-Suisse, en lien avec leurs compétences et leurs niveaux décisionnels, devraient être à nos côtés pour accompagner, entériner et graver dans le marbre une expérimentation qui, si elle est couronnée de succès, pourrait se décliner à l’envi.

Nous partageons sur cet Arc jurassien un devenir et un avenir en commun.

 

Evelyne BOILLOT
Membre du comité du Forum Transfrontalier Arc jurassien
Grand’Combe Châteleu, le 19 septembre 2019

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