Entretien avec M. Erich Fehr, Maire de Bienne

M. Erich Fehr, Maire de Bienne - ©Photographie : Dirk WeissM. Erich Fehr, Maire de Bienne - ©Photographie : Dirk Weiss

Mairie de la Ville de Bienne – vendredi 18 septembre 2020.

A quelques jours des élections municipales, M. Erich FEHR, Maire de Bienne, a accepté de répondre oralement à nos questions concernant la coopération transfrontalière et les particularités de la Ville de Bienne dans l’Arc jurassien.

Marcel SCHIESS: Monsieur le Maire, comment situez-vous la Ville de Bienne dans l’Arc jurassien ?
Erich FEHR: Je pense que la Ville de Bienne est un acteur très important puisque nous sommes la plus grande ville du côté suisse dans l’arc jurassien. Nous sommes la ville qui fait le pont en Suisse entre les deux groupes linguistiques, les deux cultures, et nous avons de grands rattachements, surtout à La Chaux-de-Fonds, au niveau du tissu économique. Concernant les pendulaires, les frontaliers, il y a beaucoup de relations avec la France, peut-être pas tellement la ville institutionnelle, mais la réalité est qu’il y a beaucoup de gens venant de France qui travaillent dans les grandes entreprises horlogères à Bienne. La Ville de Bienne a toujours tenu – et moi j’y tiens aussi – au développement de ce réseau transfrontalier, de ce réseau des villes de l’arc jurassien, tout en avouant que la partie transfrontalière a un peu perdu de vitesse de l’autre côté, au moment où le RVAJ, le Réseau des Villes de l’Arc Jurassien, s’est réduit sur le côté suisse. Mon prédécesseur (ndlr M. Hans Stöckli) était toujours très fier de la cérémonie de fondation qu’ils avaient fait à l’époque avec les Français, avec Jean-Pierre Chevènement, qui montrait à tout le monde cette réalisation. Cela a un peu perdu de son importance car Bienne étant dans le Canton de Berne, celui-ci n’est plus ou est très peu un canton frontalier. Il y a un tout petit bout de frontière franco-suisse qui est bernoise vers la Ferrière, mais au fond, avec le départ du Canton du Jura, Berne s’est un peu retiré des questions transfrontalières. Cela joue certainement un rôle dans tout ça, mais moi, j’ai renouvelé ces contacts après la remise en service de la ligne de chemin de fer Bienne-Delle-Belfort et j’ai rendu visite à Damien Meslot, Maire de Belfort. En principe les Belfortains devaient venir chez nous cette année mais à cause du coronavirus, cela est reporté.

MS: – Donc une relation bilatérale, avec un interlocuteur qui serait Belfort, plutôt que dans cette institution qu’on nomme la CTJ, Conférence TransJurassienne, par exemple ?
EF: – Pour l’instant oui. Ça peut de nouveau « se donner » …Il faut aussi dire, qu’à mon avis, en dehors de l’économie, des places de travail, on pourrait davantage développer ce réseau transfrontalier par exemple dans le domaine touristique, ce serait intéressant pour Bienne. Pour les questions de structures institutionnelles, là c’est clair : côté Pontarlier, Besançon, ce sont plutôt les Neuchâtelois qui sont concernés plutôt que nous en tant que Ville bernoise. Mais moi, je trouve qu’avec le Lac de Bienne et les collines du Jura, qui forme une région touristique très intéressante, nous avons beaucoup de touristes suisses, évidemment, et quand ce sont des étrangers, c’est en premier lieu des allemands qui viennent de la région de Fribourg-en-Brisgau jusqu’à Karlsruhe. Mais pourquoi ne viendraient-ils pas de la Franche-Comté ou du Jura français ? C’est certainement aussi une question de relations…la Suisse est relativement chère pour les français, on ne peut pas le négliger, mais là il y a des choses à développer et on commence avec Belfort, qui est elle aussi une ville industrielle. Il y a Alsthom, qui est fortement représentée et l’idée, c’est de mettre quelque chose sur pied parce que là, symboliquement la ligne de chemin de fer récemment mise en service fait ce lien. Ça devrait à mon avis aller au-delà par la suite.

MS: – Vous avez répondu à ma deuxième question qui était : quels sont vos partenaires dans la coopération, quelle qu’elle soit ?
EF: – Sur la question institutionnelle, oui. Mais moi, avec le Maire de Belfort, c’est une chose particulière, avec ce qu’on a pu installer lors ma visite d’il y a une année maintenant, c’était fin septembre 2019 quand je me suis rendu à Belfort. Ce qu’on a pu mettre en place, c’est un lien entre les services ECONOMIE et les services touristiques des deux villes, et c’est surtout là-dessus qu’il faut faire du développement et ensuite il reste un défi majeur avec la ligne de chemin de fer dans laquelle nous avons impliqué le Gouvernement jurassien, par le Ministre David Eray : c’est la question de la tarification de cette ligne. Parce que pour les français, il y a actuellement aussi une relation par bus sur la frontière dont les prix sont beaucoup plus attractifs que cette ligne de chemin de fer remise en service, ce qui est au fond une aberration. Et là, il faut trouver une réponse pour combiner le système tarifaire suisse avec le système tarifaire français, tout en tenant compte du pouvoir d’achat plus faible du côté français.

MS: – Quels sont les domaines de coopérations qui vous intéressent ? Vous avez répondu sur les questions économiques et ces questions de tarifs de transports publics, de train en particulier…
EF : –  Je pourrais m’imaginer par la suite éventuellement aussi des échanges au niveau culturel. Pour renforcer surtout la culture francophone à Bienne. Ça, on ne l’a pas encore abordé, c’est une chose que l’on ne peut faire que de ville à ville, pas avec un large territoire. Besançon pourrait être un partenaire intéressant. Nous pourrions voir si des troupes de théâtre, des spectacles ou autres, qui donnent des représentations à Belfort, ou qui viennent d’autres régions en France, de Paris par exemple, voir si on pouvait les faire venir à Bienne pour enrichir l’offre culturelle de langue française dans notre ville. Ça, c’est encore une piste supplémentaire pour moi, quitte à intéresser les gens de la région, en particulier notre théâtre NEBIA, notre nouvelle salle de théâtre, qui est un ancien cinéma transformé en théâtre et qui est particulièrement dédié aux spectacles en français, et là je peux très bien m’imaginer qu’il y ait des représentations qui peuvent intéresser non seulement les gens de la région neuchâteloise mais aussi de Belfort ou de Besançon.

MS : – Bienne est une ville d’images et d’arts graphiques, vous avez le Centre Pasquart , le Musée Neuhaus et les Journées Photographiques de Bienne. Il y a une réelle offre dans ce domaine des arts visuels..
EF : – Oui, c’est aussi une ville de musées. Pas tout à fait comme à Berlin, mais cela va dans ce sens-là, il a le Centre Pasquart, il y a le Musée Neuhaus, la maison Schwab entre les deux, et le tout ensemble est très intéressant. Avec les nouvelles constructions d’OMEGA et de SWATCH, on a aussi des musées d’horlogerie, donc technologiques, qui ne sont pas comparables à la Chaux-de-Fonds où il y a toutes les marques qui sont exposées, mais nous avons maintenant deux musées, OMEGA et SWATCH, qui montrent très bien le savoir-faire technologique et surtout l’histoire de ces deux marques. Et cela peut être aussi quelque chose d’intéressant puisque la France voisine, en particulier le Territoire de Belfort est aussi très industriel, cela peut à mon avis intéresser nos partenaires de développer des échanges dans ce domaine. Et, je dois vous dire que nous connaissons ici, à Bienne, très mal l’offre en matière culturelle à Belfort (Musées). Mais, mes relations personnelles avec Belfort sont uniquement sportives. Cela fait maintenant plus de 25 ans, quand j’étais encore actif au HC Bienne, comme entraîneur junior, nous avions des échanges réguliers avec Belfort pour des juniors. On allait chaque année, voire plusieurs fois par saison jouer à Belfort. Eux, ils venaient rarement chez nous, mais, nous, on allait souvent chez eux !!

MS : – Peut-être une question plus précise concernant la dépendance ou l‘interdépendance globale de la Suisse par rapport à la main d’œuvre frontalière très importante dans notre pays. Nous avons 16 cantons frontaliers, et pas uniquement les cantons romands, comme Genève et Neuchâtel, mais aussi d’autres cantons suisses qui sont dépendants de la main d’œuvre frontalière. Ma question : dans la prospérité de la ville de Bienne, je dis prospérité parce que je pense que c’est une ville comme La Chaux-de-Fonds qui a subi de nombreuses crises horlogères (geste de la main de M. Fehr, des vagues amples, avec de grands creux…) Oui, des vagues de plus en plus profondes…
EF : – Actuellement, c’est une vague profonde.

MS : – Est-ce que pour son économie et ses services, la ville de Bienne est très dépendante de la main d’œuvre frontalière ?
EF: – La main d’œuvre frontalière est assez importante, mais comme nous sommes déjà un peu plus loin de la frontière, nous sommes surtout dépendants de la main d’œuvre étrangère. Pas que frontalière. Moi je m’imagine qu’entre La Chaux-de-Fonds et Le Locle, là où vous avez les grands groupes horlogers cotés en bourse, eux vivent encore plus des frontaliers. Chez nous, la main d’œuvre est souvent d’origine étrangère, pas forcément frontalière. Ce sont des gens qui viennent s’installer ici, parce que Bienne-Belfort tous les jours ou Bienne-Montbéliard tous les jours, même avec la Transjurane (l’autoroute), cela fait quand même un trajet important, donc, chez nous il y a vraiment de la main d’œuvre étrangère qui s’y installe aussi. On l’a d’ailleurs constaté pendant la crise du coronavirus, on a perdu chaque mois des résidents étrangers. Ce qui signifie que quand il n’y a plus de travail les gens partent. On dit qu’ils restent toujours, mais ce n’est pas vrai, ils partent. Ce n’est pas énorme, mais c’est 50-60 personnes de nationalité étrangère qui nous ont quittés chaque mois depuis une demi-année. Mais ils vont revenir, dès que cela reprendra. Les derniers chiffres d’exportation sont de nouveau un peu meilleurs. Ils ont été publiés hier je crois (jeudi 17 sept. 2020) plus que -11 % le mois d’août par rapport à l’année 2019. Ce qui est une nette amélioration par rapport à avril ou mai 2020. Et donc, ces gens vont forcément revenir, pas cette année mais l’année prochaine. Le mouvement de la population étrangère est directement lié à la situation économique.

MS: – Une dernière question, M. le Maire. Après cet entretien, je me rendrai au Centre Pasquart pour découvrir une exposition de photographies de Roger Eberhard sur les anciennes frontières dans le monde. Au sein du Forum Transfrontalier, nous avons aussi élargi notre point de vue sur la perception et la représentation de la frontière, des frontières, au sens large ; les frontières physiques, les frontières nationales, administratives, mais aussi les frontières mentales. De votre point de vue personnel, en tant que Maire d’une ville bilingue, où est la frontière pour vous ? Et laquelle ou lesquelles ?
EF: – Alors, il y a plein de frontières. Mais, puisque l’on est dans l’année du coronavirus, je vous dis franchement que je n’ai jamais eu peur pour ma santé personnelle durant « le corona ». Les restaurants fermés, cela m’a embêté, mais ce qui m’a le plus choqué, c’était les frontières fermées. Je parle des frontières réelles, je n’ai pas vraiment pensé que j’allais encore vivre une telle situation avec des frontières fermées de toutes parts de la Suisse. Ça, ça m’a vraiment travaillé mentalement, parce que je vais souvent en France, souvent en Allemagne, souvent en Autriche (ma femme vient d’Autriche), un peu moins l’Italie – ce n’est pas mon côté – mais j’ai vraiment pris l’habitude que les frontières existaient encore sur le papier mais justement, elles n’étaient plus physiques. Ça m’a vraiment choqué, cette remontée du nationalisme dans le domaine sanitaire. D’ailleurs, c’est complètement stupide parce que vous ne pouvez pas freiner un virus avec des mesures de ce type. Ça m’a vraiment choqué. Donc, cela nous a rappelé que les frontières nationales existent encore ! Après, dans la ville, je ne vois pas tellement de frontières. Vous êtes suisse, je ne dois pas vous l’expliquer, mais pour un étranger, il faut leur expliquer : il n’y a pas de quartier francophone et de quartier germanophone à Bienne. Ils s’imaginent parfois des choses comme ça ! Il y a peut-être des fois une barrière culturelle, par exemple la question de la langue. Pour les romands, c’est beaucoup plus important. C’est à dire, la qualité du français écrit et parlé, ça fait partie de l’identité des romands de Bienne, ils sont extrêmement attachés à leur langue. Un germanophone ne comprend pas tellement ça. La langue, c’est quelque chose pour l’expression et puis c’est bon. Mais les francophones peuvent beaucoup insister sur la qualité des traductions, et aussi s’achopper entre eux quant à la qualité du français. La langue, comme élément de l’identité francophone, c’est beaucoup plus fort dans la langue française pour les romands que la langue allemande pour les germanophones. Cela est peut-être lié au fait que le bon allemand n’est pas notre langue parlée dans le quotidien. Ça, c’est un premier constat. Après, à Bienne, il y aurait des frontières historiques extrêmement intéressantes, dont plus personne n’est conscient et je trouve cela dommage. Si vous connaissez le port, entre le port et la plage, il y a une petite rivière : la Thielle. Ça, c’était la frontière entre le Royaume allemand et l’ancienne Confédération. Bienne ne faisait pas partie de l’ancienne Confédération. Bienne était un territoire du Prince -Évêque de Bâle, comme Porrentruy ou d’autres villes dans la région, Bienne avait des relations avec l’Etat de Berne, mais ne faisait pas partie de ce territoire et c’est une chose qu’on oublie très souvent. Cela concerne la ville elle-même, si on va à l’est, vers le quartier de Boujean, qui faisait partie du territoire du Prince-Évêque, les autres quartiers, Mâche et Madretsch, faisaient partie de la Confédération ancienne et ce sont des choses qu’on pourrait beaucoup plus exploiter, également les questions pour lesquelles Bienne fait partie du Canton de Berne. Et pourquoi il n’existe pas le Canton de Bienne, dont ils ont rêvé il y a 205 ans en arrière ? Pourquoi, cela ne s’est pas fait et quelles en sont les conséquences ? De cela, on ne parle jamais assez, je trouve. Parce que, au Congrès de Vienne en 1815, il y avait deux représentants de Bienne, qui avaient été délégués dans l’idée que l’on créerait un Canton de Bienne, plus ou moins avec le Jura, uni. Tout le territoire jurassien. Mais, Metternich et compagnie ont décidé autrement parce qu’ils ont enlevé Vaud et l’Argovie à Berne, ils ont dit alors : il faut les dédommager, on leur donne Bienne et le Jura. Attention de savoir qui on met avec qui ? Parce que je parle du Canton du Jura, du Nord, du Jura d’aujourd’hui. Ils étaient francophones, Berne était germanophone, ils étaient catholiques, Berne était protestante, ils étaient pauvres et Berne était riche !

On dit toujours qu’en Suisse, on ne trouve quasiment jamais les trois positions minoritaires réunies, c’est à dire : linguistiquement minoritaires, religieusement minoritaires, et économiquement minoritaires. Vous êtes catholiques, mais riches, ou vous êtes romands et économiquement pauvres, et là cela n’a pas marché, et ça c’est une barrière mentale aussi.

Et, si vous regardez la frontière entre le Jura bernois et le Canton et la République du Jura, ce n’est pas un hasard, la mentalité est différente. Les jurassiens bernois, qui veulent rester avec Berne – à mon grand plaisir – sont des protestants, ils sont plutôt « factuels ». Si vous regardez les jurassiens – eux je les aime aussi – ils ont beaucoup plus cette identité francophone, ils s’orientent beaucoup plus que le Jura bernois à la France, c’est aussi pour ça qu’il s’appelle Canton et République du Jura, et que les Conseillers d’Etat sont des Ministres ! Ils ont un peu copié tout ça en France ! Ils ont aussi beaucoup plus cette joie et cet engagement pour leur langue, tandis que les jurassiens bernois, qui ne l’oublions pas sont des suisses allemands, comme les Bühler, Gerber, etc.. C’est surtout des anabaptistes qu’on a « envoyés » depuis l’ancien Etat de Berne dans le Jura bernois, et ça c’est une frontière qui existe dans les têtes, c’est vraiment une mentalité différente, jusqu’à aujourd’hui.

EF: – on a aussi quelque chose d’intéressant en ville de Bienne, on a une population jurassienne assez importante. C’est des gens plutôt de gauche, qui étaient initialement des cheminots ou des postiers, ils venaient du Jura pour bosser sur Bienne. Ils sont là, ils sont heureux, ils ne voulaient plus jamais quitter leur ville, mais leur cœur battait toujours « jurassien ». Ils ont toujours soutenu l’indépendance du Canton du Jura. En simplifiant, je dirais que dans les rangs des radicaux romands, on trouve plutôt les pro-bernois, qui viennent du Jura bernois. Et, c’est pour ça que Bienne devait toujours rester neutre dans la question jurassienne. On a une forte population attachée au Jura qui ne veut pas quitter Bienne, qui est solidaire avec leurs compatriotes et ne voulant pas attirer ce conflit dans notre ville. Parce qu’il y a toujours eu le souhait des séparatistes, qu’on aide, ou des anti-séparatistes contre lesquels on lutte.

Et dernière frontière plutôt mentale, toujours en lien avec le Jura. Jusque dans les années 1950 ou 60, Bienne n’avait pas de Gymnase français. Il y avait deux options : soit on suivait le Gymnase à Porrentruy, encore bernois, mais c’était un voyage incroyable à l’époque ! Il fallait presque prendre une chambre à la semaine sur place ! Ou alors on faisait en tant que francophone le Gymnase allemand. Et la majeure partie des romands à l’époque a opté pour la version du Gymnase allemand à Bienne. Ce qui a fait que – ils ont maintenant 70 ans et plus – ils avaient un lien beaucoup plus fort avec le suisse allemand, avec la culture germanophone parce que qu’ils suivaient le Gymnase en allemand, et donc dans les mêmes classes que les suisses allemands. Aujourd’hui, où vous avez une offre de formation aussi secondaire complètement en français – ce qui est une bonne chose, entendons-nous, je ne voudrais pas le changer – mais cela vous permet de rester davantage dans votre monde et ne plus voir l’échange interculturel qui se faisait plus ou moins automatiquement par la formation à l’époque. Et ça, ça a changé. Il y a trente ans, il n’était pas question que dans le parlement biennois chacun parle sa langue, ça voulait dire français et suisse allemand. Personne n’aurait penser que l’on pouvait parler bon allemand et aujourd’hui beaucoup de francophones ont fait toutes les écoles dans leur langue ou ce sont des migrants du bassin lémanique ou autres. Il y a tout à coup une revendication de parler le bon allemand, ce que les Suisses allemands n’apprécient pas du tout, et cela révèle une nouvelle frontière que l’on ne connaissait pas à l’époque.

Chacun s’exprime dans sa langue au Conseil de Ville (législatif de la Ville)

Les documents sont traduits, mais pas les propos.

Pas de traduction simultanée. Et je trouve important que l’on ne le fasse pas. Parce que si vous pouvez écouter au parlement les traductions par écouteurs, on n’est plus obligés de chercher l’échange avec l’autre langue et l’autre culture. Et ça, je trouve que c’est enrichissant. Mais justement, tout le monde apprend la langue ici dans la rue ou dans les préaux d’école, ça complique un peu la chose.

MS : – Au Conseil de Ville (législatif) : 26 % VS 43% de population romande ? Comment explique vous cette sous-représentation Parlement biennois ?
EF : – Cette représentation de 26 %, c’est insatisfaisant. C’est un problème plus profond, ce sont les partis politiques qui en sont coupables. Parce qu’il n’y a que le parti socialiste et les radicaux qui présentent des listes francophones. Et si vous voulez promouvoir ou augmenter le nombre de francophones au parlement, il faut des listes francophones. Mais l’UDC ne le fait pas, les Verts libéraux ne le font pas, le Verts ne le font pas. Et c’est là que cela ne fonctionne pas. Le PSR et le PLR ont des listes purement romandes. Et ça marche.

MS : – Est-ce parce que ce sont des partis qui sont dépendants des Centrales nationales ?
EF : – Non parce que ce sont des partis relativement jeunes. Ceux qui n’ont pas de listes romandes, donc. Au parlement, c’est aux partis politiques de régler ça, c’est la constitution des listes qui fait finalement la différence.
Les Verts libéraux sont des Suisses allemands purs, l’UDC ça change un peu maintenant. Par contre la répartition est bonne au Conseil municipal (exécutif), nous sommes trois germanophone et deux romands. Et tout ça passe très bien, sans quotas !


Entretien réalisé par Marcel SCHIESS, vice-président du Forum Transfrontalier Arc jurassien, le vendredi 18 septembre 2020 à la Mairie de Bienne.

Entretien enregistré. Les propos de M. Erich FEHR ont été rapportés le plus fidèlement possible par écrit, en gardant la sincérité de ses paroles.