Un ouvrage original et nécessaire vient d’être édité sous la forme d’une bande dessinée illustrant le quotidien d’habitants de l’Arc jurassien d’hier et d’aujourd’hui, habitants confrontés à la réalité d’une frontière qui empreigne leur quotidien. Quinze podcasts approfondissent ou élargissent le propos.
Pourquoi cet album est-il nécessaire ?
Dans un article paru dans la newsletter de mars dernier, je dressais le constat d’une société secouée par la vague du repli identitaire où la frontière apparaissait plus comme une menace qu’une ressource. Dans ce contexte de méfiances partagées, il est alors périlleux, même pour les plus convaincus, d’en appeler ouvertement à la collaboration avec ses voisins d’outre frontière.
La bande dessinée nous montre que la frontière a été perçue et vécue de manière très différente au travers des âges et qu’elle a produit des effets très contrastés selon le contexte économique, politique et historique. On prend aussi conscience que la frontière, quels qu’en soient les effets, est un héritage commun à tout l’Arc jurassien au même titre que l’horlogerie, le fromage ou la géologie. Un héritage commun et complexe, fait d’échanges bien sûr, mais aussi de tensions ou de blocages. Vivre avec la frontière c’est éprouver la nécessité qu’au fil des ans et des périodes, « tout change pour que rien ne change », c’est adopter une vision dynamique de notre rapport à l’autre, au regard d’une actualité et d’un contexte en mouvement perpétuel. Vivre la frontière au quotidien n’est en rien banal et la BD (et les podcasts qui l’accompagnent) nous le rappelle. C’est une réalité subtile, éloignée des clichés et jugements à l’emporte-pièce des populistes de tous bords adeptes du repli identitaire dont il est question plus haut.
Quelles que soient les évolutions géopolitiques à venir, l’Arc jurassien sera toujours une région frontalière. Peut-être faudrait- il alors apprendre à mieux vivre avec la frontière et, à cette fin, inciter les écoles à s’emparer de ce sujet. La BD fournirait alors une base de travail et un moyen d’enseignement tout à fait adéquats.
Stéphane Berdat


